Bombarder les lignes ennemies en avant des troupes d’assaut, voilà qui résume assez bien et en quelques mots la philosophie d’action qui a toujours été celle de l’armée soviétique. A cet effet, à l’image de sa puissante composante de défense aérienne, les forces d’aviation soviétiques en R.D.A. entretenaient un véritable “rouleau compresseur géant” chargé, le cas échéant, d’aplatir au sol les forces de l’OTAN. Même si, en 1989, en raison des décisions de retrait de forces unilatérales prises par Moscou, le poids de cette machine de guerre avait été quelque peu allégé - par le retrait de deux régiments de bombardiers Soukhoï Su-24 “Fencer” - cet arsenal restait à tous égards littéralement écrasant.

Les premiers MiG-27 "Flogger-D" furent photographiés à Finsterwalde en 1975. Cette photo particulière visait à obtenir une image du canon ventral GCh-30A à six tubes de 30mm. © USMLM.

The first MiG-27 'Flogger-D' were photographed at Finsterwalde in 1975. This particular picture was taken to have a better view of the six-barelled GSh-30A 30mm ventral gun. © USMLM.
Rares auraient, en effet, été les états européens capables de mettre en oeuvre une force de 300 chasseurs-bombardiers de pointe et qui plus est sur un territoire aussi restreint que celui de feue la R.D.A. La composante tactique de la 16.VA en Allemagne entre 1989 et 1994 s'organisait en deux divisions de chasseurs-bombardiers (Aviatsionnaya Diviziya Istrebiteley-Bombardirovchtchikov - ADIB) regroupant six régiments (Aviatsionniy Polk Istrebiteley-Bombardirovchtchikov - APIB) (1), auxquels il fallait ajouter deux régiments d'assaut et d'appui aérien indépendants (Otdelniy Chtourmovoï Aviatsionniy Polk - OChAP). De surcroît, les régiments de défense aérienne, sur MiG-29 ou encore le 833.IAP d'Altes Lager sur MiG-23, étaient entraînés et possédaient l'armement nécessaire pour remplir, le cas échéant, des missions supplétives d’appui tactique conventionnel et nucléaire. Répartis presque symétriquement entre le nord et le sud de l'Allemagne (voir > Ordre de bataille de la 16.VA), les quelque 300 chasseurs-bombardiers de la 16.VA étaient de trois modèles différents : MiG-27 ”Flogger”, Su-17 ”Fitter” et Su-25 ”Frogfoot”.

Attention aux canards

Numériquement les plus importants, les MiG-27 ”Flogger”, familièrement surnommés ”Gena, le crocodile” (du nom d’un personnage populaire de bandes dessinées) ou encore Outkanos (littéralement nez de canard, en raison de la forme aplatie de la pointe avant de leur fuselage), équipaient en 1990 quatre régiments de chasseurs-bombardiers de la 16.VA. Avion d’attaque monoréacteur supersonique léger possédant une voilure à flèche variable, le MiG-27 était à l’aviation tactique soviétique ce que le Jaguar fut à la RAF et à l’Armée de l’Air. Les premiers MiG-27 "Flogger-D" (auparavant désignés MiG-23BM - c'est en 1975 que la dénomination MiG-27 fut adoptée pour ce type de machine) furent identifiés à Finsterwalde en 1975 où ils remplacèrent les Su-7BM "Fitter-A" du 559.IBAP. Deux ans plus tard, le remplacement des Su-7B "Fitter-A" du 19.GvAPIB par de nouveaux MiG-27 fut observé à Lärz. La troisième et dernière unité à passer sur MiG-27 fut le 296.IAP d'Altenburg qui entamait progessivement sa conversion des MiG-21MT et SMT au MiG-27 en 1982. A l'occasion de cette mutation, ce régiment de chasse à capacité de frappe nucléaire tactique secondaire, changea de dénomination pour devenir une unité de chasse-bombardement (296.APIB). La présence du “Flogger-D” dans les rangs de la 16.VA allait perdurer de nombreuses années tandis que son remplacement par des versions plus sophistiquées ne se déroulait qu'à un rythme très lent. Première évolution des versions d’attaque au sol du MiG-23, le MiG-27 (sans suffixe) ou Article 32-25, ne possédait qu’un système d’armes limité. Aussi, dès 1980, le 1.AE du 19.GvAPIB prenait-il en charge ses premiers exemplaires du MiG-27K "Flogger-J2" (voir plus bas). La même année, des Antonov An-22 livraient de nouveaux "Flogger-J2" en caisses au 559.APIB à Finsterwalde. La conversion du régiment de Lärz sur cette version très évoluée du "Flogger" ne devait toutefois pas se concrétiser, car les deux autres escadrons de l'unité reçurent quant à eux des MiG-27D "Flogger-J" en remplacement de leurs MiG-27 en 1984-86. Le 1.AE de son côté perdait finalement ses MiG-27K au profit de MiG-27D en 1988. Si le 1.AE du 559.APIB s'était lui aussi vu progressivement rééquiper de MiG-27K entre 1980 et 1982, ses deux autres escadrons avaient réceptionné des MiG-27D en 1985-86 avant de finalement recevoir eux aussi des MiG-27K (provenant notamment des 19.GvAPIB et 88.APIB) en 1987-88. Le 296.APIB terminait quant à lui le remplacement progressif de ses MiG-27 par deux escadrons de MiG-27M et un escadron de MiG-27D en 1986.

MiG-27 reequipment

Titulaire d’une désignation OTAN unique, les deux modèles D et M du MiG-27 étaient, à bien des égards et extérieurement tout au moins, parfaitement identiques (2). Et pour cause, le MiG-27M (M pour Modifikatsirovaniy - modifié) ou Article 32-29, était un chasseur-bombardier “Flogger” de deuxième génération et de production neuve, tandis que son homologue et presque jumeau, le MiG-27D (D pour Dorabotanniy - amélioré) ou Article 32-27, était issu, lui, d’une cellule de MiG-27 de première génération retournée en usine et mise au standard MiG-27M. Devant le succès du MiG-27M qui jouissait de qualités très proches de celles du modèle K développé avant lui, mais pour un prix de revient bien supérieur, il fut en effet décidé de moderniser selon les même standards les anciens « Flogger-D », donnant ainsi naissance à la variante D.


Un MiG-27D, M ou K armé d'un missile à guidage TV Kh-29T (AS-14B "Kedge") accroché sous un pylone AKU-58, surpris au-dessus du polygone de Wittstock en août 1985. Un conteneur FKP-58 destiné à enregister sur bande video le tir du missile était accroché sous le fuselage > voir galerie photo "Various dumps" > Finsterwalde. © USMLM.

A MiG-27D, M or K seen in August 1985 above the Wittstock range, carrying under an AKU-58 pylon a Kh-29T (AS-14B 'Kedge') TV-guided missile. A FKP-58 pod was mounted under the fuselage centerline to record on video tape the missile firing sequence - see > "Various dumps" > Finsterwalde photo gallery. © USMLM.
Ces deux modèles de MiG-27 se distinguaient essentiellement de leurs prédécesseurs par un meilleur système de navigation et d’attaque PrNK-23M associé à l’ordinateur digital Orbita-10-15-23M et qui comprenait un télémètre/illuminateur de cible laser Klyon-PM (érable) logé dans le nez de l’appareil, ainsi qu’un viseur tête haute S-17VG-1, le tout permettant l’emport et le tir de charges diverses, à l’exception notoire de bombes à guidage laser (3). Le rayon laser (portée maximale de 10 km) ne pouvait en effet être orienté vers le bas que sous un angle maximal de -30°, ce qui limitait son usage aux seuls missiles à guidage laser. Ces versions du "Flogger" ne disposant pas de capteur TV, les projectiles à guidage TV (missiles Kh-29T, bombes KAB-500Kr) transmettaient directement l'image captée par leurs senseurs sur l'écran IT-23M situé dans le cockpit. Afin d'améliorer les qualités de vol du MiG-27M (D et K) aux grands angles d'attaque - une configuration de vol qui posait un problème rédhibitoire avec la cellule MiG-23/27 - la voilure était agrandie par un prolongement du bord d’attaque de la partie fixe de l’aile, qui abritait par ailleurs une partie des antennes du système de détection d’alerte radar Beryoza-L. Quelques MiG-27D conservèrent leur système de navigation d'origine RSBN-6S, mais la plupart furent équipés du A-321 Klistron plus avancé du MiG-27M. La radio R-864 peu fiable du MiG-27 fut supprimée des cellules MiG-27D et leur antenne située dans le bord d'attaque de la dérive supprimée, ce qui constituait la seule différence externe entre les modèles D et M.

Il a été rapporté que les "Flogger-D" de la 16.VA (au tout du moins une partie d'entre eux) sont retournés progressivement en URSS pour y être mis aux standards du MiG-27D. Il reste encore à prouver que les MiG-27D de RDA étaient effectivement d'anciens "Flogger-D" de la 16.VA. Au total, 148 MiG-27M ont été produits entre 1977 et 1983 par l’usine GAZ-99 de Oulan-Oude, tandis que 304 anciens « Flogger-D » (sur 360 produits à Irkoutsk) furent portés aux standards MiG-27D par l'usine GAZ-39 d’Irkoutsk (242 machines), l'ARZ 117 à Sknilov (près de Lvov en Ukraine) et l'ARZ 322 à Vozdvijenka entre 1983 et 1989. 1980 marqua l’arrivée à la 16.VA de la version la plus sophistiquée du MiG-27 : le MiG-27K, alias Article 32-26 ou “Flogger-J2” (MiG-23BK), qui rejoignit les rangs des 19.Gv et 559.APIB comme déjà évoqué plus haut. Semblable au “Flogger-J”, le MiG-27K s’en distinguait par un système de navigation et d’attaque plus sophistiqué :

le PrNK-23K Kaïra (guillemot) - de l’initiale duquel cette version du MiG-27 tirait son suffixe K - associé à l’ordinateur digital Orbita 20-23K, capable de gérer simultanément la trajectoire de l’avion, le tir des canons, le lancement des missiles et des roquettes. Le canal TV du système de visée Kaïra-1, développé spécialement pour l'avion par l’entreprise Geofizika, permettait une intensification du contraste de l’image obtenue, augmentant ainsi la distance d’acquisition de la cible par mauvais temps. Le grand angle du canal laser autorisait quant à lui, l’utilisation de bombes dites intelligentes, l’illumination de la cible (jusque 7 à 8 km) étant assurée également vers l’arrière grâce à l’ordinateur de bord qui maintenait en permanence le faisceau laser sur la cible sélectionnée. Enfin, le système Kaïra permettait d’attaquer des cibles invisibles mais dont les coordonnées étaient connues. La présence de ce nouveau système d’armes se manifestait par une pointe de fuselage avant partiellement redessinée afin de pouvoir accommoder l’antenne d’émission du système de contre-mesures électroniques SPS-141, logée dans un petit bulbe greffé sur la partie supérieure de la pointe avant. Le système d’illumination de cible et de télémètre laser apparaissait sous l’extrémité du nez, derrière un hublot de forme arrondie, tandis que les optiques du canal TV étaient rapportées en mentonnière dans un carénage muni d’un hublot de forme rectangulaire. Un ensemble de systèmes qui rendaient le “Flogger-J2” apte à l’emport et au tir d’une panoplie d’armes élargie aux projectiles à guidage laser tels que la bombe KAB-500L.


FIGHTER-BOMBERS OLDER PICTURES
SU-24/M PHOTO PAGE
notes

(1) Jusqu’en novembre 1976 les VVS désignaient leurs régiments de chasseurs-bombardiers par le titre de Istrebitelniy-Bombardirovchtchniy
   Aviatsionniy Polk
ou, en abrégé IBAP.
(2) Il existe pourtant une astuce pour distinguer les deux modèles.
- Les MiG-27D issus de l'usine d'Irkoutsk avaient le camouflage des flancs du fuselage qui s'arrêtait devant le bord d'attaque du stabilisateur
   horizontal. La couleur bleue du dessous remontait sous le stab.
- Les MiG-27M issus quant à eux de l'usine d'Oulan-Oude, voyaient le camouflage se poursuivre sous le stab.
(3)
- Missiles à guidage laser semi-actif Kh-25L et ML (AS-10 « Karen ») et Kh-29L (AS-14 « Kedge »).
- Missiles et bombes à guidage TV Kh-29T (AS-14 « Kedge ») et KAB-500Kr.
- Attaché sous l'entrée d'air droite, le conteneur externe Delta-NG2 permettait le tir de missiles radioguidés Kh-23/M (AS-7 « Kerry ») et Kh-25MR
  (AS-10 « Karen »). Cet équipement était monté en interne sur le "Flogger-D". L'antenne de guidage se trouvait dans un carénage pointu dépassant
  du bord d'attaque de la partie fixe de l'aile droite (une camera était par ailleurs montée dans un carénage dépassant de l'aile gauche).
- Le conteneur externe BA-58 Vyouga (tempête de neige) détectait et identifiait les émissions radar ennemies pour ensuite relayer l'information aux
  missiles antiradar Kh-25MP (AS-12 « Kegler ») et Kh-27PS (AS- 12 « Kegler »). Ce conteneur devait toutefois être configuré avant le vol. Attaché
  sous l'entrée d'air droite.


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