Un MiG-21R du 294.ORAP équipé d'une nacelle de reconnaissance photo ventrale de type D ainsi que de deux réservoirs
supplémentaires en approche à Allstedt. © D.R.
A MiG-21R of the 294.ORAP equipped with two auxiliary fuel tanks and a type D
ventral photo reconnaissance pod, approaching Allstedt runway. © D.R.
Repérer, reconnaître, rapporter l’information, voilà peut-être la mission la plus importante des opérations de temps de guerre...
en préparation de la paix de demain. Allant en sens contraire de la politique de réduction progressive des moyens aériens de
reconnaissance tactique adoptée depuis le début des années quatre-vingt par les forces de l’Alliance atlantique - au profit d’autres
méthodes d’investigation comme la reconnaissance par satellites ou par stations aéroportées - les forces soviétiques en Allemagne
continuèrent d’entretenir et de développer, tout au long de cette même décennie, une panoplie aussi variée que nombreuse d’avions de
reconnaissance tactique.
Ainsi postée face à l'OTAN, la 16.VA détenait de puissants moyens de reconnaissance tactique. A la veille de l'unification allemande,
elle disposait d'une petite centaine de Su-17 ”Fitter”, Su-24 ”Fencer” et MiG-25 ”Foxbat” expressément dévolus à cette tâche. Ces appareils
formaient les dotations de huit escadrons de reconnaissance (ou Razvedvatelnaya Aviatsionnaya Eskadrilya - RAE), organisés en
trois régiments indépendants (ou Otdelniy Razvedvatelniy Aviatsionniy Polk - ORAP) (voir >
Ordre de bataille 16.VA). En sus de ces
moyens de reconnaissance tactique s'ajoutait un détachement aérien de reconnaissance (électronique) (ou Otdelniy
Razvedvatelniy Aviatsionniy Otriad - ORAO) sur multimoteurs Iliouchine Il-20 “Coot”, lui aussi indépendant et basé à Sperenberg
près du siège de l’état-major général du ZGV.
Des Su-17 pour la “recco”
C’est en 1980 que le 294.ORAP se vit attribuer, en remplacement de ses
MiG-21R "Fishbed-H" de reconnaissance un lot de chasseurs-bombardiers Su-17 “Fitter” dotés des senseurs externes
requis pour la mission de reconnaissance aérienne tactique. Basé en première ligne, près de la frontière inter-allemande, à Allstedt,
entre Halle et Erfurt, ce régiment mettait en oeuvre un total de deux escadrons (1),
regroupant environ vingt-cinq monoplaces de combat
Su-17M3(R) “Fitter-H” et cinq biplaces SU-17UM3 “Fitter-G” d’entraînement et de conversion opérationnelle. Alors qu’au cours de la seconde
moitié des années quatre-vingt les régiments d’attaque au sol de la 16.VA équipés de Su-17M3 réceptionnaient progressivement le modèle le
plus évolué de cet avion de combat, le Su-17M4, le 294.ORAP allait quant à lui conserver ses vieux “Fitter-H” et ce jusqu’à sa disparition
du ciel d’Allemagne. Et pourtant ce ne fut pas faute de l’existence des systèmes requis (tous les modèles de Su-17M sont prééquipés pour
emporter des nacelles de reconnaissance) puisque d’autres unités de reconnaissance tactique soviétiques stationnées en Europe centrale se
voyaient, elles, rééquipées par ce type d’appareil, comme le 328.OGvRAP de Kunmadaras de la 59.VA en Hongrie, rattaché au
Groupe des Forces Sud.
"Le 15 août [1973], une zone d'exercice temporaire fut déployée et installée près de la ville de
Soellichau. Deux maquettes gonflables de missiles PERSHING, deux maquettes de batteries de missiles HAWK et une
station radio de type R-821 y furent observés. Quatre MANGROVE [Yak-27R] de Werneuchen ainsi que trois
FISHBED H [MiG-21R] d'Allstedt furent observés au-dessus de la zone au cours probablement d'un exercice ou d'une
compétition pour appareils de reconnaissane." © USMLM.
Pour remplir leur mission les chasseurs-bombardiers ”Fitter” du 294.ORAP étaient dotés de la nacelle ventrale de reconnaissance tout-temps
KKR-1T (Konteinerov Kompleksnoy Razvedki pour conteneur de complexe de reconnaissance). Ce long conteneur profilé, très massif
et spécialement conçu pour la famille des Su-17/-20/-22, intégrait des systèmes de
reconnaissance optiques et IR avec des modules de recherche de renseignements électromagnétiques ainsi que et des éjecteurs de cartouches
éclairantes. Les équipements de ce conteneur pouvaient varier selon la version de ce dernier (pour quelques informations complémentaires sur les
pods KKR, cliquez ici.).
Le 294.ORAP ne devait pas survivre très longtemps à la réunification allemande gagnant même à l’occasion de son retrait final,
au début de l’année 1991, le titre de premier régiment de la 16.VA à évacuer le territoire de l’ex-R.D.A.
'On 15 August [1973], a probable mobile range was deployed and set up near the town of Soellichau.
Observed at the range were two inflatable PERSHING missile mock-ups, two HAWK missile battery mock-ups, and
an R-821 ground to air radio. Four Werneuchen-based MANGROVE [Yak-27R] and three Allstedt FISHBED H [MiG-21R] were observed
conducting reconnaissance flights over the range area during a probable exercise/competition for
reconnaissance aircraft.' © USMLM.
Un départ en deux temps, puisque l’un de ses
escadrons était rapatriée en U.R.S.S. dès la fin de l’année 1990, le second ne quittant sa base d’Allstedt que le 21 mai 1991
peu avant sa fermeture, pour faire une première escale à Gross Dölln.
Un premier escadron fut transféré au 313.ORAP de Vaziani en Géorgie et un second au 98.OGvRAP "Svirskiy"
de Montchegorsk dans le district de Mourmansk en Russie, tandis que le 294.ORAP était dissous la même année.
Il reste à noter que, contrairement aux autres départs d’avions et
d’unités de la 16.VA observés à la même époque,
le départ du 294.ORAP ne s'effectuait pas dans le cadre du retrait général négocié des forces soviétiques d'Allemagne, mais en vertu des
accords dits CFE (Conventional Forces in Europe), portant sur la réduction des forces conventionnelles en Europe
(2). Le caractère
précoce de cette évacuation explique le peu d’information et le peu de documents photographiques dont nous disposons aujourd’hui à propos
de cette unité. Tout au plus mentionne-t’on dans une référence britannique le nom de son dernier commandant en Allemagne, le colonel
Alexandre Mikhaïlovitch Kiritchenko, et le fait que certains avions de ce régiment arboraient sur leur fuselage une décoration (était-ce
un insigne d’unité?) constitué par un éclair blanc.
Un Su-17M3R du 294.ORAP en approche à Allstedt au cours de l'été 1990. Sous le ventre, le long rail adapté
à l'emport du pod de reconnaissance KKR-1T. © G.Schuchardt.
This Su-17M3R seen approaching Allstedt in the Summer of 1990 is not equipped with a KKR reconnaissance pod, but
its ventral pylon is visible underneath. © G.Schuchardt.
notes
(1)
Il n’est pas exclu que le 294.ORAP ait été autrefois doté d’un troisième escadron de reconnaissance ou de guerre électronique.
Plusieurs sources signalent en effet la présence à Allstedt, à la fin des années 80, d’un groupe de Su-17M4 porteurs de très étonnants
matricules tactiques noir à trois chiffres, sans autre information quant à leur mission voire à leur rattachement éventuel au 294.ORAP.
(2) Les accords C.F.E. étaient signés le 19 novembre 1990, à Paris, à l’occasion de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en
Europe (en abrégé C.S.C.E, devenue aujourd’hui une organisation avec pour abbréviation O.S.C.E.), par 22 pays de l’Alliance atlantique et
du pacte de Varsovie.

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