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En vol

MH1521 Derniers préparatifs avant de partir en mission au-dessus de la BCZ avec un Broussard. © MMFL.

Final preparations before leaving on a mission over the BCZ with a Broussard. © FMLM.
L-19E Le lieutenant-colonel (Air) Augoyard et le major (Terre) Pietrini, nous invitent à les accompagner lors d'une des très nombreuses reconnaissances aériennes effectuées par des équipages de la MMFL : Février 1982, 11H30, sur le tarmac de Berlin Tegel, le Broussard les attend, la météo est bonne et promet d'être relativement stable - trois kilomètres de visibilité horizontale - ce qui veut dire quelques nappes de brume et de pollution sur la RDA et notamment au-dessus du Brandebourg et à l'ouest de Potsdam. Cet après-midi, le major Pietrini sera de "Local" et la "Reco Air" constitue donc un moyen exceptionnel de préparation pour cette mission particulière. Il s'agit d'un vol de routine au-dessus des différentes garnisons avec observation des divers matériels sur les parcs, et notamment ceux de la 34ème DA (Division d'artillerie), de la 35ème DFMG (Division de fusiliers motorisés de la Garde) et de la 20ème DB (Division blindée). Le choix des objectifs est si vaste qu'on a un peu l'impression d'aller "faire son marché", celui du recueil du renseignement, à la fois tactique et technique.

GAZ-66 2S3 Depuis deux ans qu'ils effectuent ce type de mission, pilote et observateur apprécient ces reconnaissances, la coopération qu'elles nécessitent et cette sorte de complicité qui les unit. Décollage sans encombre dans le trafic civil de la BEA, d'Air France ou de la Pan Am, passage à 100 mètres au-dessus de l'usine Borsig, puis recalage sur la cité Foch et les économats, Tegel à nouveau, et quelques instants plus tard, le Mur de Berlin. Tout de suite, la vision habituelle de l'Allemagne de l'Est : un patchwork de champs, de lacs, de forêts, de villes et de villages d'une couleur uniformément grise, aux toits de tuiles rouges souvent masqués par les fumées noires des usines. Très vite ils prennent une direction nord nord-ouest vers Reinickendorf puis Hennigsdorf. Ils effectuent alors un passage au-dessus des objectifs NVA d'Oranienburg appartenant à la 1ère DFM est-allemande, près des vestiges du camp de concentration et en limite de la BCZ. Plus au sud, Schönwalde et sa garnison se devinent à l'horizon. Il y a déjà longtemps que les observateurs arrivent à s'orienter sans carte, et il semble qu'aujourd'hui encore, nombre d'entre eux pourraient retrouver sans difficulté les axes d'approche, la dénomination des objectifs, leur numérotation, l'emplacement de certains parcs à chars ou de hangars, et les zones de déploiement.

Un travail d'équipe

SAM-3 Schönwalde Savoir reconnaître à 100 mètres d'altitude, en une fraction de seconde, l'intérêt d'un détail était le privilège des observateurs confirmés et, surtout, le résultat de plusieurs années de travail et d'expérience. Il n'était pas question d'effectuer deux passages successifs sur un même objectif sous peine de recevoir une fusée éclairante. C'est pourtant le risque qu'a pris la major Pietrini il y a quelques jours, le 22 janvier 1982. En passant au-dessus de Schönwalde, qu'ils viennent de survoler, quelque chose avait attiré son attention, sans qu'il puisse réellement définir de quoi il s'agissait. Faisant toute confiance au jugement de son observateur, le pilote avait donné son accord pour un second passage et le major avait pris une nouvelle série de photos. C'est alors qu'il avait distingué dans le viseur, sur le toit de chacun des véhicules et des blindés qu'ils survolaient, une lettre "K" peinte en blanc. De retour à la MMFL, il avait soigneusement examiné les photos prises qui confirmaient son observation. Ces lettres d'identification, invisibles du sol, étaient sans doute destinées à différencier les amis des ennemis à partir de la troisième dimension du champ de bataille. Lors de leurs interventions en Hongrie et en Tchécoslovaquie, les Soviétiques avaient peint des bandes blanches sur leurs chars et des bandes rouges sur leurs avions pour pouvoir les distinguer sans risque d'erreur. Alors, manoeuvres en perspective ou préparatifs d'invasion ?

Pat Hand MiG-25PD En janvier 1982, les troubles n'avaient pas cessé en Pologne. Membre du pacte de Varsovie, l'armée polonaise possédait de nombreux véhicules à roues et blindés de fabrication soviétique. Il pouvait donc s'agir d'éviter les tirs fratricides en différenciant les matériels en cas d'intervention. La mission de reconnaissance aérienne était un véritable travail d'équipe et se préparait en totale confiance mutuelle. L'équipage qu'ils forment aujourd'hui, pilote et observateur, s'entend à merveille et, pour ce qui concerne l'observateur, il apprécie tout autant de voler avec l'Armée de l'air sur Broussard, qu'en L-19 avec ses camarades de l'ALAT. Aujourd'hui son pilote est le Chef des opérations "Air" qui lui demande, en prime, de photographier certains objectifs de "Priorité Air", notamment la plate-forme d'Oranienburg, ou encore celle de Werneuchen où, de temps à autre, un "Brewer" vient leur couper la route. Ils ont l'habitude de voler ensemble et dans ces conditions, l'observateur se concentre sur son propre travail. Avec un pilote confirmé, pilote de chasse et de reconnaissance, il n'y avait pas vraiment de souci de navigation, ce qui n'était pas forcément le cas lorsqu'il s'agissait d'un néophyte de ce genre de mission. Un vol au-dessus de l'Allemagne de l'Est ne s'improvisait pas. C'était d'ailleurs le même impératif pour les reconnaissances terrestres, il fallait plusieurs années d'expérience à un sous-officier ancien pour maîtriser réellement son métier d'observateur et de chef d'équipage du Local, qu'il s'agisse de "sentir" un mouvement possible d'unité ou de saisir l'occasion de rapporter une photo de "bâché N.I." (non identifié) qui serait identifié soit immédiatement, soit au retour lorsque les films auront été développés, mettant en concurrence et en commun les expériences des uns et des autres.
Le texte de cette page est extrait et adapté de l'ouvrage "Propousk" par Patrick Manificat publié aux Editions Lavauzelle. Voir > Multimedia

Jusqu'en 1994...

Su-24MR Mi-24P La situation changea pour la MMFL après le 9 novembre 1989. Feu Daniel Trastour de la MMFL témoignait dans son ouvrage intitulé "La guerre sans armes" : « La MMFL continuait à exister, mais ses méthodes de travail avaient un peu évolué en fonction des circonstances nouvelles : Paris avait interdit, pour ne pas faire de vagues et indisposer nos nouveaux amis russes, de poursuivre les missions terrestres ! A noter au passage que les Missions alliées furent autorisées par leurs gouvernements à poursuivre leurs prospections terrestres ! En revanche, les Russes autorisèrent le survol aérien de l'ex-RDA, mais selon des routes très strictes. Moi qui recevais régulièrement les rapports de la MMFL [Daniel Trastour était alors affecté au Centre de Renseignement Avancé de Baden-Oos, celui-là même qui exploitait les productions de la MMFL] et qui possédais le quadrillage imposé par les Russes, je m'aperçus vite que chacun de ces vols subissait parfois un sérieux vent de travers qui le déroutait vers un objectif majeur situé dans une ZIP, et que nous ne pouvions d'ordinaire observer ! Nous n'eûmes d'ailleurs à ce propos aucune plainte des Soviétiques, tant ils étaient occupés à rapatrier leurs matériels vers la Russie ! »
Si la Mission militaire française de liaison fut dissoute le 30 juin 1991, certains de ses personnels furent réaffectés au 2ème bureau de l'Etat-major français à Berlin (1) pour y poursuivre leur travail de renseignement (le laboratoire photo de la MMFL ne sera fermé - et les archives stupidement détruites - qu'en août 1994). Afin de paraître plus discret ou en tout cas moins provocant, les marquages "armée de TERRE" apposés sur les fuselages des L-19 et les poutres de queue des hélicoptères Alouette III du Détachement de l'Armée de terre (DETALAT) stationnés à Tegel furent enlevés. Comme mentionné plus haut, les règles de circulation aérienne au-dessus de l'ex-RDA pour les aviations alliées locales avaient été revues : la zone de survol autorisée fut élargie aux contours de la BCZ et aux bords extérieurs des corridors A (nord) et C (sud) en englobant tout le territoire situé entre les deux, tandis que le vol des hélicoptères, qui étaient jusque-là limités au survol de Berlin-Ouest, fut dès lors autorisé dans toute la zone. Mais en pratique, ces limites officielles furent allègrement bafouées par les aviations alliées qui commirent de nombreuses "erreurs de navigation !" A titre d'exemple, ceux qui étaient présents à Wittstock le 7 avril 1994 pour assister au départ des derniers MiG-29 du 33.IAP vers Damgarten se souviendront peut-être de l'Alouette III française qui passa à proximité du terrain en début de matinée. Pourtant, les Russes ne semblent pas avoir exprimé de plaintes. Mais il est vrai que les dés étaient jetés. C'est comme cela que les nouvelles limites véritables furent fixées par le rayon d'action des machines, sachant que ces dernières ne pouvaient pas se poser sur les anciennes bases est-allemandes pour se ravitailler. HM
[Le DETALAT Berlin après la chute du mur]

Alouette III L-19E
notes

(1) Durant la guerre froide, le 2è bureau de Berlin gérait le renseignement à Berlin-Est.


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