Tout au début de l’année 1989, à la veille des événements politiques qui allaient conduire à sa dissolution, la 16.VA disposait, à l'instar des autres armées aériennes tactiques soviétiques, de ses propres moyens de transport aérien de théâtre. Ceci sous la forme d'un régiment autonome composite d'aviation ou Otdel'niy Smechanniy Aviatsionniy Polk - OSAP) - c’est-à-dire doté à la fois d’avions et d’hélicoptères - et d’un régiment indépendant d’hélicoptères de transport appartenant à la Garde (ou Otdel'niy Gvardeiskiy Vertoletniy Polk - OGVP). Ce régiment d’hélicoptères prenait, dans l’ordre de bataille de la 16.VA, la place du second régiment de transport tactique sur aéronefs à voilure fixe dont étaient généralement dotée la plupart des armées aériennes tactiques stationnées sur le territoire de l’Union soviétique.

Ce choix d’une grande unité d’hélicoptères, par préférence à un second régiment de transport mixte ou non, s’explique vraisemblablement par la faible profondeur géographique du territoire couvert par les forces du ZGV et trouve son origine dans une restructuration de moyens opérée à la fin des années 70. Jusqu’à cette époque, en effet, la 16.VA disposait encore de deux régiments de transport. Ces deux grandes unités étaient basées de façon presque symétrique au nord et au sud de Berlin, l’une à Oranienburg et l’autre à Sperenberg. Le transfert en 1977 des Mil Mi-6 “Hook” et Mi-8 “Hip” du 239. ”Belgorodskiy” OGVP de la base de Brandis (à l’est de Leipzig) vers celle d’Oranienburg signifiait à la fois la fin des opérations régulières de transport par avion à partir d’Oranienburg et leur concentration définitive sur la base de Sperenberg. Toutefois, en 1989, à l’occasion de la grande réorganisation de l’ensemble des forces soviétiques entreprise par Moscou, le 239.OGVP, toujours équipé de Mi-6 “Hook” et de Mi-8 “Hip” était administrativement transféré à la nouvelle Aviation de l’Armée de terre (ou Armeiskaya Aviatsiya) (1). Au cours des années 80 et jusqu'à son retrait d'Allemagne, le 239.OGvVP relevait directement du commandement de l'état-major des forces soviétiques stationnées en Allemagne, puis du ZGV.

Sperenberg la discrète

Base d’attache des appareils multimoteurs de transport et de reconnaissance électronique de la 16.VA et équivalent, toutes proportions gardées, de la base aérienne américaine de RAF Mildenhall en Grande-Bretagne, la base de Sperenberg était le centre nerveux du transport aérien militaire russe en Allemagne. Nichée à une petite vingtaine de kilomètres au sud du grand périphérique berlinois, au milieu des bois de bouleaux sablonneux du Brandebourg, Sperenberg la discrète passait brièvement, le 13 mars 1991, sous les feux de l'actualité pour avoir été l'aérodrome par lequel les autorités soviétiques exfiltraient l'ancien Chef d'état est-allemand Erich Honecker. Par cette opération rocambolesque, très diplomatiquement qualifiée par Moscou “d’humanitaire”, la direction soviétique succombait à la tentation - maladroite et sans lendemain - de soustraire aux poursuites judiciaires engagées par les victimes du régime de feue la R.D.A. celui qui, en phase finale d’une maladie incurable, fut jadis parmi leurs alliés l’un des plus fidèle. En quelque sorte un rachat tardif pour la “trahison” du 6 octobre 1989. Ce jour-là, Mikhaïl Gorbatchev, venu à Berlin-Est pour participer aux festivités du 40ème anniversaire de la création de la R.D.A., devant un parterre de manifestants exigeant des réformes, lâchait publiquement Erich Honecker. “Personne ne peut ignorer l’air du temps” disait-il, signifiant ainsi au chef du parti et de l’Etat communiste allemands qu’il ne pouvait plus et en aucun cas compter sur les unités soviétiques stationnées chez lui pour venir à bout d’un éventuel soulèvement populaire. La “doctrine Brejnev” était officiellement enterrée. Le soir même, alors que se déroulaient les banquets d’usage au Palais de la République, quelques centaines de manifestants convergeaient sur l’Alexanderplatz, donnant le signal de la révolte berlinoise. Les jours de la R.D.A. étaient comptés. La nuit du 9 au 10 novembre 1989 tombait le mur de Berlin.

Sperenberg qui fut aussi en 1994 la toute dernière base aérienne russe à être évacuée, abritait le 226.OSAP. Ce régiment de transport, à la dotation mixte comme sa désignation tactique l’indique était constitué d’hélicoptères - les seules machines de ce type encore directement affectées à la 16.VA depuis la restructuration ayant transféré l’ensemble des régiments et escadrons d’hélicoptères sous le contrôle direct des forces terrestres - et d’avions. Il mettait en oeuvre une quinzaine de Mil Mi-8PS/S/T "Salon"/TL (2) aux fonctions diverses (3.AE), ainsi qu’un assortiment d’une trentaine d’avions de transport tactique, de radiocommunications et de calibration (1 & 2.AE). Parmi ceux-ci on dénombrait une vingtaine d’Antonov An-12 “Cub”, une dizaine d'An-26 “Curl” et un An-2 “Colt”. Le 226.OSAP possédait aussi deux An-24B “Coke” de transport de passagers et un unique biréacteur Toupolev Tu-134AK Balkany qui étaient mis en oeuvre par le personnel du 113.OSAE (3) également stationné à Sperenberg. Souvent désigné erronément Tu-135, cette version du Tu-134 était un PC volant reconnaissable immédiatement à son long carénage caudal (par ailleurs identique au carénage standard situé au sommet de la dérive) situé juste sous l'échappement de l'APU et qui abritait une antenne HF. La présence d'opérateurs des systèmes de communication et de leurs consoles réduisaient le nombre de sièges disponibles à 26 en général.

Les Tu-134 Balkany étaient affectés aux commandants de districts militaires ou d'armées aériennes. Au cours des dernières années d’existence du ZGV, ce “Crusty” fut principalement dévolu aux nombreux déplacements effectués par le commandant en chef des forces armées russes en Allemagne, le général Matvéi Bourlakov. Promu, à l’issue de son commandement en Allemagne, comme vice-ministre de la Défense russe, auprès du fameux général Pavel Gratchev (surnommé par la presse russe “Pacha Mercedes” pour son penchant affirmé pour ces voitures de luxe allemandes), le général Bourlakov devait rapidement acquérir une célébrité douteuse en tombant sous le coup d’une inculpation judiciaire pour corruption, détournements de fonds et vente illégale d’armement à grande échelle, consécutive aux révélations de la presse moscovite concernant ses agissements réels ou supposés à l’époque de son affectation à la tête du ZGV (voir > Une armée de trafiquants?). Sa démission suivait. Victime expiatoire d’une pratique de prébendes érigée en système, l’inculpation, la démission, l’emprisonnement et puis bien entendu la relaxe du général Bourlakov intervenaient dans un climat politique détestable né de l’émotion d’ampleur nationale suscitée par l’assassinat du journaliste d’investigation Dimitri Kholodov de la rédaction du Moskovskiy Komsomolets (ancien organe de propagande du mouvement des jeunesses communistes moscovites aujourd’hui indépendant) enquêtant sur les trafics organisé par certains officiers supérieurs de l’armée russe. Dans son dernier livre (4), le fameux général Alexandre Lebed affirmait que les généraux Gratchev et Bourlakov auraient vendu à leur profit quelque 1600 véhicules blindés et chars aux Croates, Serbes, Bosniaques et Azéris. La disparition de ces blindés ayant été mise au compte des pertes enregistrées en Tchétchénie dont Gratchev était un chaud partisan...


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notes

(1) L'Armeiskaya Aviatsiya est repassée sous le giron des VVS le 1er janvier 2003.
(2) La désignation Mi-8TL (TL pour Transportnoï Laboratorniy) est une désignation officieuse qui reste sujette à caution. Elle aurait été utilisée par le personnel de Sperenberg pour désigner l’unique Mi-8T “Hip-C” ayant été localement équipé d’un matériel d’investigation(analyse des "boîtes noires") en cas d’accident aérien. Lorsqu’un appareil des forces russes s’écrasait ou était victime d’un accident grave, c’était cette machine que l’on dépêchait sur les lieux de la catastrophe. La véritable version Mi-8TL était une machine de lutte contre les incendies de fôrets. Pour une description complète des versions T "Salon" et PS, se reporter au chapitre 4.3 Les Mi-8 "Hip".
(3) Le 113ème escadron autonome composite d'aviation assurait le support du QG de Zossen en fournissant avions et hélicoptères de transport, ainsi que postes de commandement volants (pour sa composition détaillée voir l'ordre de bataille de la 16.VA > LIEN).
(4) LEBED (A.), Les mémoires d’un soldat, Éditions du Rocher, Paris, 1998.


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