La principale mission en temps de paix des appareils du 226.OSAP consistait à effectuer des vols de liaisons et de transport, de personnes comme de fret, au profit de l’ensemble des forces russes en Allemagne. Cependant, certains appareils du 226.OSAP ne pouvaient manquer d’attirer l’attention d’observateurs avertis. Les bulbes, antennes et autres carénages diélectriques parsemant leurs fuselages indiquaient, du moins théoriquement, d’autres fonctions que celle de simple appareil de transport. Ainsi, la flotte d’Antonov An-12 du 226.OSAP, constituée pour sa dotation fixe de quelque dix-huit An-12A/B/BP “Cub-A” de transport standard, a-t’elle compté, au début des années 90, un appareil identifié par ses discrets appendices ventraux comme étant un An-12BP de reconnaissance électronique dont la désignation exacte n'est pas certaine, mais pourrait être An-12RTR (RTR pour RadioTeknitcheskoy Razvedki - reconnaissance radio).

Deux canons Afanasyev-Makarov AM-23 armaient la tourelle des An-12. L'antenne du radar de tir Gamma-547 était située au-dessus. Ces tourelles étaient toujours inoccupées. © H.Mambour.

The tail turret of the An-12 was armed with two Afanasyev-Makarov AM-23 canons. The antenna of Gamma-547 gun-ranging radar was located above. The tail turrets were however unoccupied. © H.Mambour.
Les premiers An-12R(TR) se distinguaient par quelques antennes additionnelles discrères et surtout par deux petits radômes de forme cylindrique sous le ventre. C'est une version ultérieure, dépourvue d'antennes supplémentaires mais toujours dotée des carénages ventraux ayant cette fois une forme en goutte d'eau, qui était active à Sperenberg. Ces carènes inférieures étant similaires et positionnées au même emplacement que celles du modéle An-12PS (PS pour Poïskovo Spasatelniy) de recherche et de sauvetage en mer, cet appareil a souvent été confondu avec ce dernier modèle. Toutefois bon nombre des caractéristiques de la version PS, comme un poste de tir arrière sans armes ni vitrages - cet emplacement recevait un radeau de sauvetage largable - ou encore deux pylônes situés devant et derrière les carénages du train d'atterrissage principal destinés à emporter des équipements de sauvetage et de survie, étaient absentes. Il faut néanmoins envisager que cet avion puisse avoir été un PS reconverti en cargo pur. Notons au passage que l'ensemble des An-12 du 226.OSAP étaient systématiquement équipés d'un petit carénage en goutte d'eau sous le fuselage au niveau de la porte gauche. Si cet An-12R était à peine identifiable, une seconde machine passait difficilement inaperçue. Celle-ci se distinguait par un massif carénage fuselé sous son gouvernail de dérive, signature caractéristique des An-12PP (PP pour Postanovchik-Pomech) d’émission et de brouillage électronique ou “Cub-C”. Cette excroissance qui occupait l'emplacement d'habitude réservé à la tourelle de queue cachait un lance-leurres de type ASO-24 (Avtomat Sbroza Otrajateley) et sa réserve de bandelettes métalliques. Ces avions devaient assurer la protection de formations d'Antonov 12 de transport.

Outre le lance-leurres destiné à créer de faux échos radar, les 27 appareils convertis aux standards PP disposaient d'un système de brouillage électronique automatique également logé dans la queue, qui détectait les émissions radar ennemies, déterminait leur zone de provenance et envoyait des signaux perturbateurs dans leur direction. Opérant comme simple avion cargo en Allemagne, dépourvu d'équipements spécifiques en soute - mais y en avait-il dans cette version du "Cub"? - et l'orifice d'éjection des leurres semblant avoir disparu, il est fort probable que cet avion avait été débarassé de ses installations de guerre électronique (1). Enfin, il convient de mentionner l'An-12VKP qui aurait selon toute vraisemblance servi au sein du 226.OSAP jusqu'à un atterrissage malencontreux à Mahlwinkel durant l'hiver 1991-92 (voir la page An-12VKP). La base de Sperenberg a d'autre part régulièrement accueilli, jusqu’en 1994, des appareils spéciaux venus en transit ou assurant de simples missions de transport. Pour sa part, la flotte d’Antonov An-26 “Curl” du 226.OSAP, aux livrées tantôt civiles (blanches à parements bleus, en fait la livrée Aeroflot de base) tantôt militaires (gris clair intégral), comptait dans ses rangs trois machines dont les missions étaient, sans ambiguité aucune, de nature électronique.

Il s’agissait de deux An-26RT ou RTR “Curl-B” et d’un An-26KPA (Kontrolno-Poverotchnaya Apparatoura - equipements de contrôle et de calibration), également désigné An-26 Kalibrovchtchik. Cet appareil était appelé An-26L (L pour Laboratorniy) dans la presse anglo-saxonne, mais cette interprétation était erronée. L'An-26KPA du 226.OSAP semblait être une version simplifiée de cette machine spécialement instrumentée pour réaliser la calibration des systèmes d’approche des aérodromes. Les An-26RT(R) de Sperenberg, quant à eux, ont été considérés comme étant des appareils de relais radio jusque fin 2008. Les "Curl" adaptés à ce rôle présentaient un fuselage couvert d'antennes diverses et prenaient la désignation d'An-26RT (RT pour Retranslyator) ou relais de radiocommunications aéroporté. Les An-26RT emportaient à cet effet dans leur soute la suite Injeer (Figue) destinée à accroître la portée des communications aussi bien des troupes au sol (blindés, PC de campagne etc.) que des avions. Un An-26RT(R) a été parfois - mais pas systématiquement - observé lors des départs des régiments d’aviation russes d’Allemagne pour la C.E.I. Partant en avant des premières vagues d’avions de combat, ils étaient sans doute chargés de l’ouverture des couloirs aériens de transit prévus et du maintien des radiocommunications entre les appareils en migration et les stations de contrôle au sol.

La version RT de relais radio était la seconde du nom. Une autre variante postérieure et très semblable extérieurement assurait quant à elle une mission de type SIGINT et pris successivement la désignation de An-26RT, RTR et RR. La publication tardive (fin 2008) d'un ouvrage nous révéla que des machines de ce type furent utilisées en 1989 pour des missions d'écoute électronique au profit du Ministère pour la sécurité d'état est-allemand (voir La reconnaissance, partie 5). Il est donc clair désormais que ces machines exercaient un rôle d'écoute électronique, ce qui impliquerait qu'il étaient de la version RTR. Toutefois, au stade actuel, il serait présomptueux d'affirmer cela catégoriquement. En effet, un appareil de relais radio, instrumenté par nature pour capter des émissions sur une large gamme de bandes de fréquences, pouvait manifestement être utilisé également à des fins d'écoute... Curieusement, l'An-26KPA et l'An-26RT(R) n°06 portaient un code jaune-orangé, tandis que l'An-26RT(R) n°11 affichait un code rouge, comme le reste de la flotte des voilures fixes du 226.OSAP - à l'exception de l'An-26 n°12, lui aussi codé en couleur jaune-orangée. S'agissait-il de marquer un différence entre les deux An-26RT(R) ? L'analyse des photos montre néanmoins que les b-n 06 et 11 étaient équipés avec les mêmes antennes. Cependant, puisque comme l'affirme l'historien de l'aviation soviéto-russe Yefim Gordon dans un livre consacré aux An-26, il était vraiment difficile de distinguer un RT d'un RTR, ces deux modèles étaient-ils identiques extérieurement, mais équipés de récepteurs différents? A l'instar des Il-20M du 39.ORAO, les An-26RT(R) n'ont quitté l'Allemagne que tardivement.

Le samedi 16 avril 1994, la plupart des hélicoptère du 226.OSAP, accompagnés par quelques hélicoptères du 113.OSAE (2), quittaient leur base d’attache pour Gross Dölln d’où, le 18 avril, ils partaient pour Kalouga, un aérodrome situé à 200 kilomètres au sud-ouest de la ville de Moscou. La semaine du 18 au 22 avril 1994, leur mission achevée, une partie des avions de transport tactique de théâtre An-26 “Curl-A”, un An-24B “Coke” ainsi qu’un An-26RTR quittaient définitivement Sperenberg, laissant en arrière garde le reste du régiment en attente de son évacuation finale prévue pour le mois d’août 1994. Les derniers appareils du 226.OSAP partirent ensuite au compte goutte et au fur et à mesure de l’extinction des besoins en avions de transport. Ce retrait progressif culminait le 6 septembre 1994 par le départ des derniers An-12 du régiment. La plupart des voilures fixes du 226.OSAP sont ensuite restées en service au sein de cette même unité à Koubinka. Ce n’est toutefois pas à l’un de ces appareils qu’allait échoir l’ultime envol d’un avion militaire russe à partir de Sperenberg puisque ce jour-là la ligne de vol recelait pas moins de six An-12, un Tu-154B-2, cinq Il-76, six An-22 et trois An-124 ! Et, c’est finalement le 9 septembre qu’intervenait le décollage de l’Il-76MD “Candid” immatriculé RA-86833 qui, en une dernière navette vers l’aérodrome civil proche de Berlin-Schönefeld, emportait les tout derniers personnels et bagages de ce qui fut longtemps la plus forte concentration de forces militaires de l’après-guerre en Europe, nous avons nommé le ZGV. Une page d’histoire était définitivement tournée.

 226.OSAP PHOTO PAGE 
notes

(1) Sans doute s’agit-il tout simplement d’un ancien An-12PP reconverti en avion de transport. Une pratique étrange à première vue mais courante dans les VVS comme en atteste la transformation à la fin de leur présence en Allemagne des postes de commandement aéroportés Mi-6BUS “Hook-C” et Mi-6VKP “Hook-B” du 239.OGvVP d’Oranienburg en simples hélicoptères de transport Mi-6A “Hook-A”.
(2) Cette unité était vraisemblablement basée auparavant à Oranienburg, sous le giron des VVS. Elle portait alors la désignation de 113.OSAE (Otdelnaya Smechannaya Aviaeskadriliya ou Escadron d'aviation mixte).


The transport assets  < Part 1   > Part 3

previous Plan du site - Sitemap next