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Su-7U Un Su-7U "Moujik" du 20.GvIBAP en approche à Parchim en juin 1968. © DR.

A Su-7U 'Moujik' of the 20.GvIBAP landing at Parchim in June 1968. © DR.
Au début des années 70, l'Ouest a pris connaissance de l'existence d'une tactique spéciale qui avait été développée pour détruire les batteries de missiles sol-air Hawk de l'OTAN. Les unités de chasseurs-bombardiers Su-7 avaient été préparées afin de pouvoir ouvrir à l'aide d'armes nucléaires tactiques, des couloirs de pénétration à travers la ceinture de défense que constituaient les sites de missiles Hawk. L'attaque conventionnelle et nucléaire des batteries Hawk avait été planifiée et fait l'objet d'un entraînement spécifique. Dans le but de perturber et diminuer le potentiel des défenses adverses, un raid conventionnel devait précéder de peu l'attaque nucléaire elle-même.
Les missiles Hawk pouvaient engager des objectifs volant à basse et moyenne altitude. Ils étaient considérés par les Soviétiques comme des objectifs de première catégorie ayant la plus haute priorité. Une attaque nucléaire aurait été divisée en trois phases. La première consistait en la navigation vers l'objectif. Les appareils auraient été répartis en trois groupes constitués d'un minimum de deux avions chacun (1) , chaque groupe volant en ligne de front. Une unité de Hawk (un bataillon) comprenait quatre batteries (sites). Trois d'entre elles étaient en alerte immédiate - du moins en temps de crise. Elles formaient un triangle dont la base faisait - plutôt symboliquement car ce n'était pas une obligation opérationnelle - face à l'Est. Une batterie était située au centre en retrait afin d'intercepter les appareils qui auraient réussi à percer les défenses. Le quatrième site restait en quelque sorte en réserve dans le but de pallier à une indisponibilité technique ou à la destruction d'une autre batterie (2). Chaque site ou batterie était composé de deux sections de tir comprenant chacune trois lance-missiles triples. Trois radar de détection différents (PAR, CWAR et ROR - un de chaque) étaient disponibles sur chaque site. Chaque section de tir disposait de son propre radar de poursuite HPIR (voir schéma). Ce dernier ne pouvait suivre qu'une seule cible à la fois ('One lock, one kill'). Deux appareils ennemis (ou deux groupes d'appareils : le rayon de destruction efficace d'un missile Hawk était de 180 mètres - il est toutefois peu probable que les Soviétiques aient commis l'erreur d'attaquer en formation) étaient suffisants pour saturer temporairement une batterie.

Hawk strike Les sites étaient positionnés de telle manière que leurs zones de tir respectives s'entrecroisent en partie. Ainsi, une partie de la zone de tir globale des trois sites pouvait être saturée de missiles, et cela assurait également une protection mutuelle entre les sites eux-mêmes. Les avions hostiles auraient été détectés par les radars CWAR et PAR du système Hawk, ainsi que par le radar du BOC (Battalion Operations Centre) qui se trouvait en position centrale, en retrait (3). Chaque groupe d'attaquants devait mener l'assaut contre un site. Par conséquent, les trois sites opérationnels (Apha, Bravo, Charlie) auraient été saturés, chacun d'entre eux devant prendre en charge un groupe d'agresseurs. La seconde phase de l'attaque mettait en scène une manoeuvre évasive. L'avion armé d'une bombe nucléaire qui faisait partie de l'un des deux groupes volant en position externe (vers la batterie "Charlie" - voir le schéma ci-contre), devait altérer son cap vers la batterie centrale ("Bravo") juste avant d'entrer dans l'enveloppe de tir théorique des missiles de la batterie "Charlie". Logiquement, la batterie "Bravo" avait en principe déjà engagé le groupe central d'attaquants qui se dirigeait vers elle. L'appareil nucléaire ne pouvait dès lors plus être engagé par la batterie centrale "Bravo". En effectuant ce changement de cap, le vecteur nucléaire s'écartait, voire sortait de la zone de tir de la batterie externe "Charlie" qui l'avait engagé initiallement, alors qu'il entrait dans celle de la batterie centrale "Bravo" qui ne pouvait l'engager. Il était alors possible, pendant un court laps de temps, de larguer cette charge nucléaire.

Su-7 Décollage d'une para de Su-7BM du 19.GvIBAP à Lärz en 1976. © S.Popov.

A Su-7BM para of the 19.GvIBAP taking off from Lärz in 1976. © S.Popov.
Lors de la troisième phase de l'attaque, l'appareil nucléaire changeait à nouveau brutalement de cap après avoir largué sa bombe pour rejoindre son ailier en position extérieure, gardant par là-même les batteries saturées. Cette tactique devait être exécutée à une altitude située entre 50 et 100 mètres. Elle exploitait une faiblesse du système Hawk qui voulait que, comme déjà mentionné plus haut, une batterie ne pouvait engager que deux cibles en même temps. La durée d'engagement jusqu'au tir étant d'environ 30 secondes, le timing d'une attaque à seulement six appareils ne pouvait guère être approximatif. Si un seul appareil était abattu trop tôt, l'attaque pouvait rapidement tourner au fiasco - sauf bien sûr si le vecteur nucléaire survivait. Afin d'augmenter les chances de résussite, davantage d'appareils étaient requis. C'est pour cette raison qu'une attaque conventionnelle peu de temps au préalable était privilégiée. Ainsi, les batteries n'auraient pas eu le temps de retrouver leur plein potentiel de tir avant le second assaut à caractère nucléaire. Le changement de cap du vecteur nucléaire ne pouvait pas passer inaperçu pour le BOC. Il aurait cependant créé la confusion, car le site central était dèjà saturé par les deux objectifs que constituaient les appareils attaquants du groupe central. Toujours sous le stress psychologique de l'attaque conventionnelle précédante, les officiers en charge auraient éprouvés des difficultés à évaluer la situation et à réassigner les objectifs prioritaires.

notes

(1) Un groupe de deux avions représentait vraiment le strict minimum et ne pouvait être envisagé qu'après une attaque conventionnelle ayant sérieusement éprouvé les batteries Hawk pas forcément en les détruisants, mais en les obligeant à tirer des missiles qu'il n'aurait pas été possible de remplacer si le raid nucléaire avait suivi peu après. Mais même dans ces conditions, deux avions n'auraient pas suffi à assurer un succès garanti.
(2) En cas de guerre ou de crise importante, les batteries Hawk auraient été déplacées - leurs positions étaient supposées connues par l'ennemi - à tour de rôle toutes les 24 heures. L'une d'entre elles aurait été en mouvement, tandis que les trois autres restaient en place en attendant. Il était alors possible, pendant quelques heures de n'attaquer que trois batteries.
G.Dessornes, ancien technicien radar français sur Hawk témoigne : "Dès 1964-65, les batteries Hawk françaises faisaient des exercices de repositionnement constant. Par exemple, les unités basées autour de Munich en sites "fixes" avaient en poche leur plan de redéploiement sur des sites repérés et secrets. On était prêts à "déménager" dans l'heure. On disait qu'on usait le matériel à force de manœuvres où on ne restait en place que quelques heures. Les camions en particulier étaient à dure épreuve! On savait pertinemment que les repérages par l'ennemi étaient efficaces."
Il était également possible de déplacer une batterie en deux temps afin de garder une capacité opérationnelle limitée sur le site en cours d'évacuation. Les CWAR, PCP ainsi qu'un HPIR (voir > Les batteries Hawk) et trois lanceurs quittaient le site séparément. Lorsque ces éléments avancés appelés AFU (Assault Fire Unit) étaient à nouveau opérationnels sur le nouveau site, le reste de la batterie (PAR, ICC, ROR, BCC, le second HPIR et les 3 derniers lanceurs) pouvaient rejoindre à leur tour le nouveau site. Ces "demi-batteries" étaient cependant moins efficaces et le temps nécessaire pour déplacer une batterie complète beaucoup plus long. Cette procédure ne se justifiait que si l'une des quatre batteries n'était pas opérationnelle pour des raisons techniques. Le CRC et le BOC décidaient du moyen le plus opportun pour effectuer un déplacement, selon la situation du moment.
Nous ignorons si le déplacement des batteries était déjà d'actualité au début des années 70 ou si cette procédure a résulté des révélations apportées par des défecteurs du pacte de Vasrovie.
Le marériel n'étant pas infaillible, la non disponibilité d'une batterie ou d'une section de tir n'était pas rare. Lorque le "Improved-Hawk" est entré progressivement en service pendant les années soixante-dix, quelques bataillons furent réduits à trois sites.
(3) Au cours des années 70, les BOC disposaient d'un radar de type AN/TPS qui était moins efficace que ceux des batteries. Ce radar - souvent en panne - permettait surtout à l'ennemi d'en déterminer la position et il fut parfois retiré. Cela dépendait toutefois des nations. Lorsque le budget le permettait, ces radars furent mis à niveau comme au sein de l'US Army.
Les ordres de poursuite et de tir étaient envoyés aux batteries par le BOC qui recevait lui-même ses ordres du CRC (Command and Reporting Centre), lequel coordonnait l'action des chasseurs et des défenses au sol. Le CRC recevait les informations provenant des radar au sol, des chasseurs et des AWACS. Une liaison de type datalink plutôt peu fiable fut par la suite établie entre les CRC et les BOC. Ainsi, il était possible d'avoir une vision globale de la situation sur un écran du BOC lui-même. Dans certains cas, les batteries pouvaient fonctionner de façon "décentralisée". Elles avaient alors l'initiative et renvoyaient les informations au BOC qui les relayait à son tour au CRC.


This chapter is an expanded adaptation of a text included in the article entitled 'Sowjetische Atombomben in Europa - Ein Kapitel aus dem Kalten Krieg' by Stefan Büttner, published in the September 2008 issue of Fliegerrevue Extra 22 (See Multimedia section).


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